Revenir au site

Yoga :

l'Anatomie au service de la Pratique

Ceux qui me connaissent le savent : j'essaie toujours d'être à l'écoute de mon corps et attentive aux limites de mes élèves. Ce n'est pas seulement un détail, c'est un principe fondamental de ma pratique. Dans le cadre de ma formation de professeur de yoga, je propose un module d'anatomie créé en collaboration avec une kinésithérapeute également yogini : Mélissa Filleul.

Mélissa a suivi la première session de ma formation. Suite à cela, nous avons décidé d'améliorer et d'approfondir le module d'anatomie : plus qu'une description de la structure des os, des muscles et des articulations, nous mettons l'accent sur le mouvement, l'observation des variations morphologiques et le bien-être dans la posture. Je souhaitais donc partager avec vous notre approche commune du corps et du mouvement. Car dans le Yoga, l'anatomie peut réellement être au service de la pratique.

L'anatomie, c'est quoi ?

L'anatomie est la « science qui a pour objet l'étude de la forme et de la structure des êtres organisés, et celle des rapports des organes qui le constituent » (Larousse). On parle d'anatomie animale ou végétale, mais c'est bien sûr l'anatomie humaine qui nous intéresse. Je ne considère pas cette science comme uniquement descriptive d'une mécanique bien rodée. Dans ma formation de professeur de yoga, j'inclus deux éléments cruciaux :

  • la cinétique, ou l'analyse du mouvement ;
  • la prise en compte des émotions et du ressenti.

Anatomie cinétique

Eh oui, il ne vous aura pas échappé que dans le Yoga, on bouge ! Même si l'on pratique un type de Yoga doux comme le Yin Yoga ou que l'on s'installe longtemps dans une posture comme dans le Hatha Yoga ! Comment entrer dans une asana, comment en sortir en douceur et sans se blesser, qu'est-ce qui entre en action lors des étirements…? Toutes ces questions sont importantes.

Dans cette approche, on tente de décrire comment la structure du corps humain permet le mouvement, et comment le mouvement vient impliquer les différentes composantes musculosquelettiques. La mobilité est souvent une clé majeure pour soulager certaines pathologies. Dans le cadre de la pratique du Yoga, l'anatomie permet d'expliquer nos facilités ou difficultés de mouvement.

Prendre en compte les émotions

Nous avons à cœur, avec Mélissa, de dépasser le côté physique et mécanique de l'anatomie — nombre de muscles dans le dos, d'os dans le pied, fonctionnement du genou… — pour inclure l'impact des émotions et du ressenti dans l'activité physique.

Pour faire simple, une personne nerveuse ou qui traverse des événements émotionnellement difficiles aura tendance à être plus « fermée » dans sa posture qu'une personne plus détendue.

La formation de Mélissa en somatopathie apporte, de ce point de vue, une profondeur supplémentaire dans l'approche anatomique de l'enseignement du Yoga. Nous sommes toutes les deux guidées par la prise en compte de l'émotionnel et de la symptomatologie dans notre propre pratique et, par conséquent, dans ce que nous transmettons aux élèves.

  • La somatopathie est une approche globale de l'individu qui explore la mémoire du corps et des traumatismes à travers le toucher.

De quand date la rencontre en Yoga et anatomie ?

Le lien entre Yoga et anatomie est assez récent. Aujourd'hui encore, beaucoup de professeurs privilégient l'exécution parfaite des postures ; les réseaux sociaux contribuent d'ailleurs à entretenir cette recherche esthétique. En réalité, ce n'est plus l'approche dominante et l'on tend à déconstruire les mythes liés à cette vision quelque peu rigide.

L'apport de Paul Grilley dans le Yoga

C'est dans les années 1990 que les connaissances anatomiques commencent vraiment à être mises en lien avec la pratique du Yoga grâce à l'Américain Paul Grilley. Celui-ci s'est formé à l'anatomie à l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA) en étudiant particulièrement les fascias, ces tissus conjonctifs riches en eau qui enveloppent différentes parties du corps (muscles, os et certains organes).

Il s'intéresse notamment aux variations squelettiques, qui génèrent nécessairement des différences dans les possibilités d'exécutions des postures. Quelqu'un doté d'un grand tronc et de petites jambes n'obtiendra jamais le même résultat dans une même posture qu'une autre personne dotée d'un petit tronc et de grandes jambes. C'est une question de proportions.

L'influence du Yin Yoga

Il découvre auprès de Paulie Zink le yoga taoïste, dans lequel les asanas sont tenues longtemps pour relâcher les groupes musculaires et favoriser la circulation des énergies. Une synthèse de ses connaissances, de ses observations et de sa pratique l'amènent à créer le Yin Yoga.

Les principes de cette discipline sont les suivants :

  • garder les muscles relâchés pour accéder aux tissus conjonctifs ;
  • rester plus longtemps dans la posture ;
  • cibler une zone précise à travers l'asana ;
  • proposer des variations en fonction des morphologies.

L'approche fonctionnelle de Paul Grilley nous inspire beaucoup. Elle valorise l'intéroception (c'est-à-dire la perception de l'état interne du corps) et le lâcher-prise. La question est désormais : « Comment je me sens dans la posture ? ». Ce n'est plus « Est-ce que j'exécute correctement la posture ? » comme dans l'approche esthétique, plus rigide et vecteur de blessures. Vouloir à tout prix réaliser une posture en dépit des particularités anatomiques de son propre corps peut être délétère.

Yoga et anatomie, un duo gagnant

Connaître l'anatomie permet-il d'améliorer sa pratique du Yoga ?

Pour Mélissa Filleul, étudier l'anatomie permet indéniablement d'améliorer sa pratique. En prenant conscience de la grande variété des morphologies humaines, des raisons anatomiques pouvant expliquer un manque de mobilité, on accepte mieux ses propres limites. Respecter son corps, c'est progresser plus vite sans risquer de se blesser : savoir bâtir une asana correctement mais aussi savoir sortir de la posture en toute sécurité.

Et pour une kiné, le yoga, c'est utile ?

Mélissa en est persuadée. En tant que kinésithérapeute, elle constate que beaucoup de patients ne connaissent pas leur corps dans le détail et ne se posent même pas la question de son fonctionnement. En proposant quotidiennement des séances de yoga de 30 min, elle touche une diversité de plus en plus large d'individus (pas que des sportifs !), tels que des personnes âgées ou des adolescents.

Ces derniers ont plus que jamais besoin de se réapproprier leur corps, car l'usage des téléphones portables a une conséquence surprenante sur les jeunes : le manque de souplesse.

Charlotte Sigwalt en posture Utthita Hasta Padangusthasana

De la souplesse avant tout ?

Être souple confère bien des avantages : moins de blessures, de tendinites, une meilleure mobilité articulaire, moins de tensions… Certaines études tendraient même à mettre en évidence un lien entre conscience corporelle et apprentissage. Or les ados, aujourd'hui très agiles sur leurs téléphones, ont en revanche une très mauvaise proprioception. Assis sur un ballon, beaucoup d'entre eux n'arriveront pas à mobiliser correctement leur bassin par manque de conscience corporelle.

Augmenter sa souplesse et la conscience de son propre corps permettrait d'être plus présent à soi et à ses apprentissages. C'est pourquoi Mélissa travaille beaucoup avec des adolescents : à travers des exercices de yoga, ils reprennent peu à peu la maîtrise de leur corps. Étirements et renforcement musculaire les aident à retrouver souplesse et mobilité.

  • La proprioception correspond à la perception que chacun a, manière plus ou moins consciente, de la position dans l'espace des différents segments de son corps.

Et la respiration ?

Une première étape simple pour avoir conscience de son corps : respirer. C'est souvent la clé — pas seulement dans la pratique du Yoga, mais aussi dans la vie quotidienne et dans la résolution de certaines pathologies. De nombreuses personnes ne savent plus respirer correctement.

Regardez un nourrisson : sa respiration est à la fois ventrale et thoracique ; celle des adultes est principalement thoracique. Par ailleurs, le cycle respiratoire s'est accéléré. On respire trop vite, mal et pas dans la totalité de notre capacité thoracique.

Le yoga va aider à conscientiser et à calmer son souffle : on apprend à attendre le temps respiratoire pour enclencher le mouvement suivant.

Le rapport avec l'anatomie ? Elle peut nous aider à dompter notre respiration. Le muscle principalement impliqué dans ce mécanisme est le diaphragme. Globalement, tout le monde sait qu'il se situe vers les côtes, mais où exactement ? Quelle est sa taille ? Peut-on le toucher ? Puiser dans des connaissances biologiques va permettre de mieux l'étirer. La visualisation est une aide réelle à la mobilisation.

De même, savoir qu'un réflexe anatomique lie expiration et relâchement musculaire aide à comprendre l'importance de ne pas négliger le souffle.

Cours collectif de Yoga en extérieur

Connaître l'anatomie pour bien enseigner le Yoga

La connaissance de l'anatomie est cruciale pour enseigner correctement et avec justesse. Rôle du mouvement dans certaines pathologies, spécificités corporelles, risques éventuels : le professeur, en contact avec un public très varié, doit savoir donner des indications justes et appropriées. Cela ne s'improvise pas.

Un module d'anatomie spécialement conçu pour les futurs professeurs

Dans ma formation, j'ai essayé, avec l'aide de Mélissa, de trouver ce qui serait le plus appréciable à connaître pour un enseignant en Yoga. Persuadées que la théorie ne suffit pas, nous avons privilégié le mouvement pour une compréhension plus incarnée de la mécanique du corps humain.

Décrire, observer, comprendre sont 3 étapes incontournables pour s'approprier l'importance de l'anatomie dans l'enseignement du Yoga :

  • décrire l'objet anatomique ;
  • observer chez soi et chez les autres, pour mettre en évidence les variations morphologiques ;
  • comprendre le mouvement par la mise en pratique à travers la posture.

Il est absolument essentiel que le futur professeur saisisse le problème ou la limite éventuels d'un élève pour pouvoir formuler d'autres propositions.

Dans ce contexte, sentir ses propres limites et appliquer à soi-même ses connaissances est une étape décisive. Quelle est ma limite ? Quel étirement, quelle compression je ressens ? Se poser ces questions à chaque position permet de l'ajuster au mieux. Ajouter l'expérience à la connaissance est à la base de la transmission.

Bien utiliser les accessoires

Les accessoires — bolsters, sangles, briques, couvertures — doivent permettre d'ajuster l'asana à son anatomie.

Par exemple, si mon tronc est trop petit, une brique m'aidera à rester bien dans l'axe et au même niveau d'étirement que d'autres pratiquants morphologiquement différents, dans la posture du Triangle (Utthita Trikonasana). Prendre conscience des variations anatomiques permet de mettre à distance la performance. Ce n'est pas parce que je suis « moins bon » que j'utilise des briques, mais pour ajuster, c'est-à-dire littéralement rendre plus juste la posture par rapport à son segment corporel.

Dans l'optique d'aider ses élèves à progresser dans le respect de leur corps, le lien entre anatomie et asanas devrait être un sujet constant d'étude pour le professeur.
Si ces différences anatomiques existent bien, cela veut-il dire que certaines personnes ne peuvent pas pratiquer ? Non, bien sûr, et au contraire ! Toute personne désireuse de bouger son corps de manière respectueuse peut se tourner vers le Yoga. Il s'agit de commencer doucement et de bien prendre l'habitude, dans la pratique, de s'écouter sans aller au-delà de ses limites. Dans ces conditions, on pourra toujours progresser sans se blesser ! Trop de gens ont tendance à se dire « ce n'est pas pour moi, je ne suis pas assez souple » etc. Mais le yoga s'adapte à tout le monde : n'hésitez pas à essayer un cours de Yin Yoga pour en être convaincu !

 

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK